dimanche 26 avril 2009

Hollande - Amsterdam


Fatigue plus confort incroyable du lit aidant, j'ai bien dormi cette nuit. Mais quand nous nous réveillons, les rues sont désertes et trempées. Le manque d'éclairage de notre chambre noire rend l'atmosphère un peu gloomy, et c'est sans beaucoup d'entrain que je me prépare. Après la traditionnelle séance de photos, nous sortons sous la pluie et nous dirigeons vers le Grand Hôtel Krasnapolski, heureusement distant de cinq minutes à peine, dont le restaurant est réputé pour sa splendide décoration et ses brunchs délicieux. Mais lorsque nous arrivons, aux alentours de 11h, l'hôtesse nous prévient qu'ils en sont encore à servir le petit déjeuner. Qui coûte la modeste somme de 28,50€ par personne. Hum, on a un plan B?

Un de nos guides suggère un petit restaurant du nom de Gartine, bien caché dans une ruelle perpendiculaire au Rokin. Dix minutes de marche rapide nous conduisent devant un charmant établissement... dont la serveuse nous informe qu'il est complet et qu'elle ignore quand une table se libèrera. L'estomac dans les talons et le parapluie détrempé, je suis au bord du découragement. Je recommence à feuilleter mes guides plantée au milieu de la rue. Quelques minutes s'écoulent sans que nous parvenions à prendre une décision. C'est alors qu'une cliente s'en va et que le propriétaire, attendri par la vue de ces deux touristes piteusement stationnés devant sa vitrine, nous fait signe d'entrer. Notre soulagement est grand. Il sera pourtant surpassé par notre ravissement devant le contenu de nos assiettes: large breakfast à l'anglaise pour Chouchou, tartine de fromage de brebis vieux de deux ans avec roquette et chutney de betteraves, plus soupe de légumes du jardin et cheesecake au chocolat blanc (sans speculoos!) pour moi. Un régal absolu, servi par des gens charmants, dans un cadre adorable et pour un prix modique. Si nous repassons à Amsterdam, nous reviendrons.

Nous descendons ensuite à pied jusqu'au FOAM, le musée de la photographie d'Amsterdam, où l'on peut actuellement admirer une exposition sur Richard Avedon, un artiste dont j'aime beaucoup le travail et que j'aimerais faire découvrir à Chouchou. Difficile d'effectuer un classement parmi ses portraits en noir et blanc tous plus remarquables les uns que les autres. Chouchou est particulièrement touché par celui qui montre un Groucho Marx au regard d'une infinie tristesse, à mille lieues de l'image que le grand public garde de lui. Quant à moi, je suis fascinée par une capture de Rudolf Nureyev en mouvement - la grâce et la puissance incarnées -, ainsi que par le portrait sans fioritures mais incroyablement émouvant d'un Noir né esclave. Bien entendu, aucun des trois ne figure dans la série de cartes postales tirées de l'expo en vente à la boutique du musée...

Il est 13h30 lorsque nous ressortons du FOAM très contents de notre visite et entamons la longue remontée des canaux. La pluie a cessé; il fait une température agréable et la promenade est plutôt plaisante... du moins, jusqu'à ce que Chouchou se profonde le genou sur une des nombreuses bittes qui bordent les trottoirs, marquant la frontière entre le territoire des piétons et celui des cyclistes Essayez donc d'expliquer à vos proches que vous boîtez à cause d'un coup de bitte! Hum, oui, bon. Nous faisons un arrêt photo devant le Beulingsluis, le plus petit canal d'Amsterdam et le seul qui soit dépourvu de quais. "Mais comment font les gens pour sortir de chez eux?" s'étonne Chouchou. Je lui réponds très sérieusement que ces maisons-là sont habitées par des canards qui les quittent en volant ou à la nage. "Tiens, d'ailleurs, en voici un!" dis-je en désignant un colvert qui se dirige benoîtement vers le pont sur lequel nous nous tenons. "Bonjour, Mr. VanDyke!". D'accord, c'est pas beau de se moquer.

Etape suivante: le Déco Sauna, dont l'intérieur Art Déco grandiose a été en grande partie récupéré dans l'ancien magasin du Bon Marché. Non seulement c'est beau, mais c'est propre, accueillant, hyper bien équipé, pas trop cher, et surtout: tout le monde est à poil et personne ne mate, ce qui est quand même l'idéal pour ce genre d'établissement. Nous passons deux heures à alterner hammam et douche, puis sauna à 80° et douche, avec des pauses boissons au milieu. Une très chouette expérience.

Comme il nous reste encore une heure et demie, nous retournons vers la place du Dam où s'est installée une fête foraine. Un petit tour de manège? J'hésite entre les balançoires suspendues et la grande roue; Chouchou tranche en faveur de la seconde, depuis laquelle nous pourrons prendre des photos d'Amsterdam vue d'en haut. Puis nous refaisons une petite descente de Kalverstraat. Je m'arrête chez Sabon, marque de produits de beauté batave dont les boutiques fleurissent à tous les coins de rue ou presque, pour sentir leurs sels de gommage à la menthe. Je les teste sur ma main: l'odeur ne me plaît pas. Et là, c'est le drame. Voulant me rincer dans l'évier mis à la disposition de la clientèle, j'ouvre le robinet d'eau froide et tends ma main dessous sans réfléchir que depuis notre arrivée ici, nous n'avons trouvé que des robinets inversés par rapport au sens français... Résultat, je m'ébouillante le dos de la main et la première phalange du majeur gauche. Ca fait un mal de chien. Le vendeur honteuzéconfus tel le corbeau de La Fontaine s'empresse de me badigeonner d'un masque apaisant en principe destiné au visage, mais qui s'avère très efficace sur ma main. N'empêche, j'ai l'air un peu chelou en ressortant de là avec ma main sur laquelle semble avoir chié un pigeon géant (au métabolisme probablement déréglé par un abus de speculoos).

Un passage rapide chez Waterstone où j'achète de quoi lire dans le Thalys, et nous reprenons le chemin de l'hôtel pour récupérer nos bagages. Pas mal chargés, nous remontons jusqu'à Amsterdam Central en tram (la seule fois du week-end où nous aurons pris les transports en commun). Comme il nous reste un peu de temps avant le départ de notre train, nous décidons de manger dans la gare. Sur le côté droit - loin, très loin de notre quai - se trouve un Burger King jusqu'auquel nous n'avons pas le courage de pousser. Nous sommes cruellement punis pour notre paresse. Du côté gauche, il n'y a qu'un New York Pizza où nous mangeons les plus mauvaises pizzas du monde... et où mon Hawaïenne infâme me brûle le palais, histoire de l'assortir à ma main estropiée. Pour des habitués de Mamma Roma, le choc est extrêmement rude, et c'est un peu sonnés que nous nous affalons dans le Thalys qui va nous ramener à Bruxelles après ce week-end bien rempli.

samedi 25 avril 2009

Hollande - Amsterdam


Notre arrivée hier soir fut assez mouvementée. Notre train avait plus de cinquante minutes de retard, ce qui nous a fait débarquer à Amsterdam Central vers 23h30 - alors que la propriétaire du Miauw Suites, le mini-hôtel où nous logeons, n'habite pas sur place et n'assure normalement l'accueil que jusqu'à 22h. Le tram que nous avions eu tant de mal à trouver a ignoré nos coups frénétiques sur sa porte vitrée et démarré sous notre nez. Finalement, nous avons dû prendre un taxi. Qui nous a facturé 15€ une course de 2 km, a roulé comme un dingue dans les petites rues à sens unique entre les canaux et manifesté la plus mauvaise foi du monde en prétendant que s'il ne trouvait pas, c'est parce que nous lui avions fourni un mauvais numéro. Mais tout s'est bien terminé, quoi que tardivement. Nous avons été ravis par notre jolie chambre blanche, son bouquet de roses fraîches, son superbe iMac et surtout son lit ultra-confortable. Ce qui ne m'a pas empêchée d'avoir beaucoup de mal à m'endormir: le quartier des 9 Rues est bruyant le vendredi soir.

C'est donc un peu dans le pâté que je me suis levée ce matin. Le temps de faire nos ablutions dans la minuscule salle de bain, de nous préparer et de prendre tout un tas de photos, nous quittons le Miauw Suites vers 10h30 et nous dirigeons vers le Buffet van Odette recommandé par Analik (notre hôtesse). Ce restaurant situé un peu plus haut le long des canaux est minuscule mais sympathique et doté d'une carte fort alléchante. Fidèle à son habitude, Chouchou joue la carte du sucré en se commandant un grand petit déjeuner accompagné d'une omelette tandis que je satisfais ma boulimie de salé avec un délicieux steak sandwich garni d'oignons grelots et de mayonnaise à la moutarde, puis une soupe à la tomate façon BLT, pleine de roquette, de petits bouts de bacon frit et de morceaux de parmesan. Miam. Je pense qu'après ça, on va pouvoir sauter le repas de midi.

Le ventre plein et l'humeur au beau fixe, nous entreprenons d'explorer le quartier bobo des 9 Rues sous un soleil radieux. Il regorge de boutiques spécialisées toutes plus craquantes les unes que les autres. Parmi les boulangers, les fromagers et les marchands de primeurs aux appétissantes vitrines se nichent de petits cafés devant lesquels s'alignent trois ou quatre tables garnies de petits vases de fleurs. Ici, j'aperçois un magasin qui ne vend que des boutons de toutes les tailles et de toutes les formes; là, un autre qui fait dans les lunettes vintage. Le roi de la tong voisine avec un designer d'étonnants sacs à main; quelques bouquinistes côtoient une échoppe poussiéreuse remplie de vinyles. Je fais une longue incursion dans une parfumerie très chic où j'admire sans rien acheter des produits de marques... françaises assez difficiles à trouver chez nous, puis m'arrête au What's cooking, petit magasin spécialisé dans les accessoires culinaires, pour faire l'emplette de quelques brols. Un peu plus loin, Chouchou déniche un grand carnet d'aquarelle de la collection Moleskine. Plus loin encore, à la place de Zinne et Minne censé être l'Eva Luna local, nous tombons sur un Coq Sportif. La boutique de déco indiquée Tangram sur mon plan a depuis pris le nom de Niels, mais j'y déniche quand même des gobelets Marimekko presque deux fois moins chers qu'en Scandinavie - pourquoi, mystère.

Nous attaquons ensuite le quart nord-est du Jordaan, de l'autre côté de la ceinture des canaux. Le fabricant d'articles en cuir sur mesure chez qui nous voulions nous renseigner pour un serre-taille et qui n'est ouvert au public que quelques heures par jour a décalé ses horaires en ce samedi et vient juste de fermer, damned! Une mésaventure similaire nous attend à l'adresse de Fun Frames: le spécialiste des cadres en tous genres a laissé la lace à... une poissonnerie. Qu'importe, le quartier est ravissant et il fait bon s'y promener en mitraillant les devantures des magasins ou les façades des traditionnelles maisons à pignons. Quelques minutes au Kitsch Kitchen, l'empire du plastique, me plongent dans une grande perplexité (et me font presque saigner les yeux). Chez Simon Léveldt, j'achète deux variétés de thé vert parfumé choisies à l'odeur.

Nous commençons à être fatigués et un peu chargés. En reprenant le chemin de l'hôtel, nous passons devant Westerkerk (mais Chouchou n'est pas motivé pour monter en haut du clocher) et devant la maison d'Anne Frank reconnaissable à sa longue file d'attente. Jamais il ne me viendrait à l'idée de faire le pied de grue et de payer pour aller visiter le placard où une pauvre gosse a passé les deux dernières années de sa vie à se cacher des Nazis; je trouve ça parfaitement morbide. J'ai lu le livre et c'est bien suffisant. Arrivés au Miauw Suites, nous découvrons que nos affaires ont déjà été déménagées dans la chambre noire où nous devons dormir cette nuit. Elle est bien moins jolie que la précédente et je suis un peu déçue. Enfin tant pis, nous n'allons pas y passer beaucoup de temps de toute façon.

Nous repartons en direction de l'intérieur de la ceintures des canaux, vers le centre plus moderne d'Amsterdam. Kalverstaart, que nous descendons en partant de la place du Dam, me fait penser à la rue Neuve avec ses enseignes identiques à celles de toutes les grandes villes occidentales. Rien de bien intéressant, à part un De Tuinen (chaîne de drogueries hollandaises ou j'avais acheté plein de savons style Lush il y a dix ans) où je déniche un gel douche citron-menthe à l'odeur agréablement tonique, un Douglas où je fais l'acquisition d'un liner-feutre noir et d'un vernis à ongles Malava et un Noa Noa (enseigne scandinave repérée à Copenhague en septembre dernier) où je trouve une jupe d'été blanche absolument géniale et même pas trop chère. Le repas de ce matin étant digéré depuis belle lurette, nous faisons halte dans une galerie commerçante pour nous sustenter. Installés à côté d'une baie vitrée qui donne sur le Singel, Chouchou engloutit un panini et moi un croque fromage-ananas avec du ketchup: trop bon!

Il est encore tôt lorsque nous ressortons. Comme nous avons déjà fait beaucoup de shopping, je propose à Chouchou une petite croisière sur les canaux. Coup de bol, une des nombreuses compagnies qui proposent ce divertissement traditionnel est installée à deux pas de là sur le Rokin. Re-coup de bol, un bateau se prépare justement à partir. Nous achetons très vite nos billets et montons à bord dans les derniers. Nous nous retrouvons devant, avec une guide française dont le groupe compose l'essentiel de la clientèle. Très vite, Chouchou se rapproche de l'ouverture qui tient lieu de porte pour prendre des photos sans être gêné par la vitre. Un peu crevée, je reste sagement assise à admirer les bâtisses que nous longeons et à écouter les explications qui les accompagnent. Nous remontons à travers le Jordaan en direction du bras de mer situé derrière la gare centrale qui sépare le nord et le sud d'Amsterdam. Après avoir longé le NEMO, musée en forme de bateau conçu par l'architecte du Centre Pompidou, et une reproduction de bateau marchand du XVIIIème siècle entièrement construite par des chômeurs volontaires, nous achevons la boucle en regagnant notre point de départ. L'ensemble a pris environ une heure et a eu le mérite de reposer nos jambes en mouvement ininterrompu depuis ce matin.

Il est 18h30 quand nous débarquons, et tous les magasins ou presque ont déjà fermé. Nous prenons la direction de Leidesplein à proximité duquel se trouve le Hard Rock Café. Dans la boutique attenante, la vendeuse flashe sur Régis et nous bombarde de questions sur lui; un bonmoment s'écoule avant que je réussisse à en placer une pour demander si le sweat zippé que je convoite est un modèle femme ou enfant. Au final, le M me va comme un gant et je l'embarque. L'unique magnet disponible est aussi énorme que hideux, et je ne peux me résoudre à l'acheter. Chouchou craque pour un T-shirt à manches longues hyper rock'n'roll. Il essaie aussi un blouson en cuir dont la coupe ne lui va pas et une sacoche qui me paraît manquer un peu de la sobriété nécessaire pour aller avec tout. Nous nous posons ensuite la question de savoir où dîner. Nous nous ferions bien une table de riz dans un resto indonésien, mais nous n'avons ni adresse ni réservation. Aussi optons-nous pour la solution de facilité: le Hard Rock Café. Nous attendons trois quarts d'heure au bar en matant des vidéos des années 80 et en sirotant des cocktails. Une des serveuses s'amuse à grimacer derrière moi pendant que Chouchou me prend en photo. J'espérais avoir une table dans la salle du haut; nous resterons finalement en bas, juste à côté du bar mais près de la baie vitrée qui donne sur les canaux. Ce qui n'est pas si mal du tout. Je commande une Cobb salad histoire d'avoir encore faim pour un dessert... Mais il n'y a plus d'apple cobbler ni de cheesecake: seulement des gâteaux hyper chocolatés ou des glaces. Tant pis, ça me fera toujours économiser quelques milliers de calories supplémentaires.

Nous reprenons à pied le chemin de l'hôtel, dans l'idée que je récupère mon blouson doublé pour me protéger contre le froid nocturne avant de poursuivre en direction du quartier rouge. Mais Chouchou n'est pas plus motivé que ça et la journée a déjà été longue. Bien qu'il ne soit que 22h, nous décidons de la terminer gentiment dans notre chambre.

vendredi 19 septembre 2008

Suède - Malmö


L'hôtel Ibis est peut-être excentré et pourvu d'une déco tristement générique, mais je me prosterne devant son buffet petit déjeuner, le plus copieux et le plus varié que j'aie jamais vu. Comme j'ai toujours très faim le matin, je me compose un véritable repas avec une assiette de salé et une de sucré. La bouche pleine, je jette un coup d'oeil à la salle à manger bondée et demande à Chouchou: "A ton avis, ils font comment pour savoir qui a déjeuné ici ou pas?". Chouchou n'en a aucune idée. Et bien la réponse, c'est qu'ils ne font pas. Lorsque nous nous présentons au checkout, on ne nous facture rien en plus du prix de la chambre, dans lequel on nous a bien précisé hier soir que le petit dej' n'était pas compris. Bon.

Nous quittons l'hôtel avec nos bagages, que nous déposons à la consigne de la gare avant de prendre le bus n°2 en direction du Turning Torso, LE monument célèbre de Malmö. Composé de neuf cubes qui effectuent une rotation de 90° entre le sol et le sommet, c'est le plus haut bâtiment de Scandinavie avec ses 190 mètres pour 54 étages de bureaux et d'habitation exclusivement. Dans à peu près n'importe quel autre pays du monde, les promoteurs auraient collé un observatoire payant au dernier étage. Il faut croire que les Suédois n'ont pas l'esprit mercantile. C'est admirable, mais nous aurions bien aimé découvrir la vue d'en haut. Nous devons nous contenter de photographier le Turning Torso d'en bas. Certes, il y a à son pied un centre dédié qui propose une visite filmée de la tour, mais, comme de bien entendu, il est fermé. Un peu déçus, nous poussons à pied jusqu'au bord de mer voisin pour admirer, de loin, le pont qui relie la ville à Copenhague. Malgré la brume, on distingue la côte danoise en face.

Nous revenons vers le centre-ville, dans la partie plus traditionnelle que nous n'avions pas explorée hier. Nous nous promenons un petit quart d'heure dans un parc doublé d'un cimetière, en nous amusant de voir des jeunes mamans pousser leur bébé ou des vieillards prendre le soleil sur les bancs entre les pierres tombales. Cent mètres plus haut, les rues regorgent de boutiques de design. Une fois de plus, je peste contre les limitations imposées par la taille et le poids de mes bagages.

Nos pas (et notre estomac qui commence à crier famine malgré le copieux petit dej') nous ramènent vers la place Lilla Torg. Après avoir fait le tour des nombreux restos du coin, nous jetons notre dévolu sur le Victors, une sorte de brasserie qui sert des plats suédois sur sa grande terrasse chauffée - malgré le soleil et le ciel bleu, il ne doit pas faire beaucoup plus de 10°. La carte est uniquement en langue autochtone. J'arrive à identifier certains mots, mais pas tous. Craignant de me retrouver avec une assiette de harengs, je joue la carte de la sûreté et commande une salade italienne. C'est, en quatre repas principaux, la troisième fois que je mange du fromage de chèvre; je vais bientôt me mettre à bêler. Je regrette un peu mon choix en voyant arriver de somptueux pavés de saumon à la table voisine.

Comme nous avons encore un peu de temps devant nous, nous nous mettons en quête du magasin de SF/fantasy aperçu hier soir alors que notre bus longeait Davidshallsgatan. Nous passons un bon moment à admirer leurs rayons pleins d'artbooks géniaux, de T-shirts délirants ou de bandes dessinées suédoises. En remontant vers la gare, je ne résiste pas au plaisir d'entrer dans une boutique Noa Noa, une enseigne de fringues scandinave qui était également présente à Copenhague. Et là, je me mords les doigts d'avoir déjà claqué tout mon budget shopping. C'est plein de jupes longues à volants superposés, de robes craquantes et de mignons manteaux structurés, sobres avec juste ce qu'il faut de détails originaux. Ca ressemble à du One Step ou du IKKS (deux de mes marques fétiches), et c'est à peu près dans la même gamme de prix. Argh. Une prochaine fois, je serai plus prévoyante.

En arrivant à la gare, nous apprenons que le train de 14h42 vers l'aéroport de Kastrup est annulé pour une raison inconnue. Heureusement qu'il y en a toutes les vingt minutes et que nous pouvons encore être à l'heure en prenant le suivant. Nous sommes assez intrigués par la présence de nombreux policiers en uniforme sur les quais. Le lendemain, en nous connectant sur internet, nous apprendrons que des manifestations altermondialistes avaient lieu ce soir-là à Malmö, et qu'elles ont d'ailleurs assez violemment dégénéré.

Notre retour en avion se déroule sans problème. Après cette chouette semaine de vacances, nous sommes un peu tristes de retrouver la grisaille bruxelloise - et un froid largement pire qu'en Suède, comme nous nous en apercevons en attendant le 71 une bonne demi-heure devant la gare centrale.

jeudi 18 septembre 2008

Danemark - Copenhague ; Suède - Malmö


Ce matin, nous quittons à regret l'hôtel Fox. Avant de nous diriger vers Norreport pour prendre le train qui nous conduira en Suède, nous faisons un petit tour dans un magasin de JdR, jeux de plateau, comics et romans de fantasy repéré hier dans une ruelle voisine. J'y achète un petit jeu de cartes baptisé "Sleeping queens" parce que les illustrations me font craquer et qu'on peut y jouer à 2. Je note aussi les références de plusieurs autres articles que j'achèterais plus tard par correspondance: là, le budget shopping est presque autant explosé que nos bagages.

Petit cafouillage au moment de prendre les billets de train: Chouchou, qui s'en charge, oublie de préciser que nous ne rentrons pas dans la journée, et il doit faire la queue une seconde fois pour les échanger. Mais une fois installés à bord, nous pouvons nous détendre. Le trajet, qui dure 40 mn, relie Copenhague à Malmö, la troisième ville de Suède, par un pont de 15 km qui, sur la moitié de cette distance, enjambe le détroit séparant les deux pays. C'est assez impressionnant de rouler ainsi au-dessus de l'eau et d'apercevoir au loin des champs d'éoliennes.

Arrivés à Malmö, nous sommes affamés. Nous nous dépêchons de retirer des couronnes suédoises dans un distributeur et mangeons au premier endroit disponible: un Burger King situé dans la gare. Ca fait du bien par où ça passe... La suite du programme voudrait que nous allions poser nos bagages à l'hôtel Ibis fort excentré où nous avons loué une chambre pour la nuit. Mais avisant un panneau qui n'existe plus (ou du moins, ne sert plus à rien) en France depuis belle lurette, je décide de les laisser à la consigne jusqu'au moment où nous serons prêts à quitter le centre-ville pour la nuit. Nous traversons donc la gare en direction des casiers situés à l'autre extrémité. Arrivés devant ceux-ci, nous nous rendons compte qu'ils n'acceptent que les pièces; or nous n'en avons pas. Je laisse Chouchou avec les bagages et rebrousse chemin vers le changeur de monnaie aperçu tout à l'heure à côté du DAB. Mais j'ai beau essayer d'y introduire un billet de 100 couronnes dans tous les sens, il le régurgite aussitôt. C'est alors que je vois une mention écrite en tout petit sur l'appareil: il n'accepte que les billets de 20 ou 50 couronnes. Evidemment. J'en suis quitte pour aller acheter un magnet dans une boutique de souvenirs voisine, afin de faire de la monnaie.

Allégés d'une bonne trentaine de kilos, nous partons à pied à la découverte du centre de Malmö. En descendant vers la place de Triangeln, nous passons devant l'hôtel de ville, puis croisons une étrange procession de statues musiciennes. Je passe un long moment chez Laugerhaus, sorte de Casa suédois où tout est absolument craquant. Sans la limitation des bagages et les risques de casse pendant le vol retour, j'en profiterais pour changer tout notre linge de maison et une bonne moitié de notre vaisselle. Et pour faire le plein d'albums photos mignonissimes. Là, je me contente de quelques bibelots, d'une douzaine de cartes postales kitsch, d'un trio de torchons et de deux tasses noires pour boire nos chocolats chauds. Mais croyez-moi, ça me coûte. Pourquoi on n'a pas de magasins aussi sympas à Bruxelles? Ou en France, d'ailleurs...

Nous tournons dans la rue perpendiculaire qui conduit vers la place Lilla Torg. Et là, tout à fait par hasard, nous tombons sur le Form/Design Center de Malmö. Bien entendu, ils sont en train de changer leur expo principale, qui est donc inaccessible. La visite (gratuite) demeure néanmoins fort intéressante. Après avoir admiré encore plein d'exemples du remarquable design scandinave appliqué à des objets du quotidien, nous passons un long moment dans la boutique à nous extasier sur toutes les petites merveilles vendues là et à prendre des tonnes de photos. (Depuis le début de notre séjour, pas une seule fois un vendeur ou un vigile ne s'est rué vers nous tel un pitbull pour nous interdire d'utiliser nos appareils; ça change un peu et c'est bien agréable!) Le café indoor est ravissant; dommage que nous n'ayons pas soif. Nous revenons vers l'artère centrale et poursuivons notre descente vers la place Triangeln.

Après encore une petite demi-heure de lèche-vitrines, nous commençons à avoir froid et envie de nous poser. Nous remontons vers la place Lilla Torg où nous avions repéré un cendroit sympa tout à l'heure: le Folk a Rock, mi-café mi-boutique de disques. Nous y prenons un petit goûter des plus sains: thé, yaourt et salade de fruits. Comme ils font de la vente à emporter, que nous ne sommes pas certains de la présence d'un restaurant à l'Ibis et que nous aurons sans doute la flemme de revenir sur le centre-ville pour manger, nous achetons des salades composées pour notre dîner.

Après avoir récupéré nos bagages à la gare, nous prenons le bus n°7 avec un ticket "Family" et descendons à l'arrêt Mobilia. Dix minutes de marche nous conduisent jusqu'à notre hôtel. L'avantage avec les Ibis, c'est que c'est sans surprise. On sait qu'on aura une chambre propre et de taille confortable pour pas trop cher. L'inconvénient avec les Ibis, c'est que c'est sans surprise: partout dans le monde, c'est la même déco générique et les mêmes couloirs longs comme des avenues. Bon, ne nous plaignons pas: celui-ci propose une connection internet, payante certes, mais dans notre état de manque nous n'allons pas faire les difficiles. Après avoir passé 20 minutes à vérifier nos mails, nous remontons dans notre chambre pour manger nos salades en regardant les infos de la BBC. La crise financière qui a éclaté aux USA en début de semaine fait toujours la une. Je m'en désintéresse rapidement pour attaquer un bouquin acheté dans l'après-midi: "The gathering", d'Anne Enright.

mercredi 17 septembre 2008

Danemark - Copenhague (Osterbro, Norrebro)


Nous commençons la journée par un nouveau coup fourré des hommes en noir: en arrivant à Vor Frelsers Kirke (l'Eglise de Notre-Sauveur), célèbre pour son clocher extravagant, nous trouvons la grille d'accès fermée et cadenassée. L'endroit est fermé pour rénovations. Je ne sais pas si je dois être déçue rapport aux chouettes photos panoramiques qu'on espérait faire d'en haut, ou soulagée rapport aux 400 marches qui viennent d'être épargnées à mes pauvres genoux souffrants.

Nous reprenons le métro jusqu'à Norreport dont nous venions, puis le S-Tog jusqu'à Osterport. Cette fois, au lieu de nous diriger vers le bord de mer, nous nous enfonçons dans les quartiers bobo de Copenhague. Nous remontons la large avenue de Dag Hammarskjölds, en haut de laquelle je fais un arrêt chez Moshi Moshi Mind pour mater les fringues de yoga et, euh, acheter des produits de beauté australiens. Dans Osterbrogade, nous passons un moment chez Normann, le roi du design danois dont nous ne cessons d'apercevoir les créations dans les boutiques depuis notre arrivée. Nous nous extasions sur ses petites bassines colorées souples et rigides à la fois, ainsi que sur son ingénieux entonnoir pliant.

Un peu plus haut, bordant la place de Trianglen, nous découvrons un super bouquiniste dont le vendeur et le client avec lequel il est en grande discussion parlent tous les deux français! Ils rivalisent de gentillesse pour nous faire la conversation et me trouver ce que je cherche: en l'occurrence, une vieille édition des contes d'Andersen avec à partir de laquelle j'envisage de créer un altered book. Nous ressortons de là enchantés.

Cent mètres plus haut, nous atteignons Brumbleby, qui fut jadis le premier projet de logement social du pays et dont les ravissantes maisonnettes aux façades pimpantes sont, depuis, devenues accessibles seulement aux privilégiés. Ca me fait penser à la Hundertwasser Haus à Vienne... Nous mitraillons la rue en déplorant la perspective difficile et surtout la présence de voitures et autres objets gênants le long des trottoirs.

Nous commençons à avoir faim, mais le quartier ne semble pas très riche en restaurants. Nous poursuivons donc notre chemin en nous promettant de nous arrêter dans le premier boui-boui que nous trouverons. Deux kilomètres plus loin, après avoir longé en vain un parc et un hôpital, nous apercevons dans une rue latérale une minuscule pizzeria qui ne paie pas de mine. L'estomac dans les talons, nous entrons quand même. L'endroit est désert et pas spécialement engageant. Après avoir un peu hésité, nous commandons une pizza, une assiette de pâtes et du pain à l'ail. Surprise: tout est délicieux et ridiculement pas cher (d'autant que le cuistot/caissier va se tromper dans l'addition, ce dont je ne me rendrais compte que plus tard en refaisant le calcul dans ma tête). Nous ressortons de là bourrés de chez bourrés, sans même avoir terminé nos assiettes.

Du côté d'Elmegade, nous apercevons une charmante façade rose pâle ornée de l'enceinte "Tea time". Sur le trottoir, deux jolies chaises de fer forgé peintes en blanc encadrent une table minuscule. Nous entrons, et je regrette aussitôt d'avoir tant mangé ce midi - ou de ne pas plutôt passer là à l'heure du goûter. L'endroit est affreusement mignon; on a juste envie de s'y installer avec deux ou trois copines par un après-midi d'automne ensoleillé pour boire du thé et grignoter des gâteaux. A défaut de nous attabler, nous commandons deux cupcakes à emporter - un rose et un mauve -, plus, pour moi, un genmaicha brûlant dans un gobelet façon "Sex & the city".

Nous tentons ensuite une visite à un atelier de céramique voisin, mais celui-ci ne nous inspire guère et nous ne faisons qu'entrer et sortir. La suite de notre très grande boucle nous ramène naturellement vers l'hôtel Fox. Nous avons vraiment mal aux jambes tous les deux. Ce qui ne m'empêche pas, après avoir passé le pont Dronning Louisesbro, de marquer un dernier arrêt dans une adorable boutique de déco. Ils ont un tas de coussins craquants qui iraient très bien sur notre futur canapé. Trop encombrants, hélas! Je me contente de trois jolies boîtes en métal dans lesquelles je trouverais bien quelques embellissements de scrap à ranger.

Nous prenons possession de notre nouvelle chambre, la 509, une XL dans les tons bleu clair et crème. Nous aurions préféré la 107 aux murs rouges, mais elle n'était pas disponible. Celle-ci s'avère équipée d'une chouette coiffeuse et, surtout, d'un immense lit au matelas infiniment plus confortable que ceux des chambres précédentes. Peut-être n'avons-nous pas perdu au change!

Après une pause d'une demi-heure ou trois quarts d'heure, nous ressortons et prenons le bus pour l'extrémité lointaine de Vesterbrogade, où se trouve le Designer Zoo: une boutique qui vend les créations de plusieurs jeunes artistes locaux. J'y achète un petit vase dont la forme renflée plaît à ma main, et que j'envisage de poser sur les étagères au-dessus de notre lit dans notre nouvel appartement. Au retour, nous nous arrêtons chez Artium pour nos dernières emplettes danoises: un petit cadeau pour Olive, un oiseau en bois design repéré hier au DDC (où il était en rupture de stock dans la forme et la couleur qui nous plaisaient), un mug et des chaussettes Marimekko (je sais, la marque est suédoise, mais je n'étais pas certaine de trouver une boutique à Malmö).

Nous n'avons pas de plans précis pour la fin de journée. Nous remontons Frederiksberggade en quête d'un café. Un peu affolés par les prix que pratique l'élégant Café Europa, nous poussons jusqu'à Kobmagergade. Et là, surprise: le Café du Musée de la Poste, sur lequel nous nous étions cassé les dents lundi midi, fait sa nocturne justement le mercredi! Nous montons au dernier étage du bâtiment. En effet, la vue y est sublime. Nous commandons un diner light (des salades - nous n'avons pas tout à fait fini de digérer le repas de midi) en attendant le coucher du soleil. L'endroit est élégant mais pas snob; nous nous y attardons quasiment jusqu'à la fermeture. Puis nous rentrons en flânant dans les petites rues derrière notre hôtel. Nos cupcakes nous attendent sur la table de nuit de la chambre 509 en guise de dessert!

mardi 16 septembre 2008

Danemark - Copenhague (Osterport, Ny Havn, Tivoli)


Nous nous réveillons vers 8h. Le petit déjeuner de l'hôtel est sympa: des sandwichs de différentes sortes emballés dans de petites poches en papier, de la salade fruits coupée en morceaux minuscules et servie dans des verres, et puis surtout du vrai thé vert japonais en vrac! Par contre, je ne raffole pas des fauteuils bas et des tables minuscules sur lesquelles il faut se pencher façon Quasimodo pour manger à peu près proprement.

Nous remontons dans la chambre pour un interlude classé X fort satisfaisant. Lorsque nous redescendons, douchés, habillés et un sourire béat aux lèvres, nous apprenons qu'une autre de nos chambres favorites est libre pour ce soir, et que le ménage y ayant déjà été fait, nous pouvons avoir les clés tout de suite! Nous montons donc nos bagages dans la 502, baptisée "Royal wedding collages". Chambre sous les toits, murs dans les tons verts et blanc, voile en tulle drapé autour du lit et bergère peu confortable mais très photogénique. Nous en profiterons plus tard. Pour l'instant, direction la station Norreport, où nous devons prendre le S-Tog jusqu'à Osterport.

Sans doute flottons-nous encore sur notre petit nuage, car lorsqu'un train se présente au moment où nous débouchons sur le quai, nous montons dedans sans nous poser de questions. C'est cinq secondes plus tard que je réalise: "Tu as composté les tickets?" "Non". Nous rebroussons chemin en courant. Les portes se referment alors que Chouchou est descendu sur le quai et moi toujours à l'intérieur du wagon. Je lui fais signe qu'on se retrouve à la station suivante (qui est aussi notre destination). Par chance, je ne tombe pas sur des contrôleurs pendant ce bref voyage, et Chouchou me rejoint quelques minutes plus tard.

Le ciel est un peu gris ce matin. Nous marchons un petit moment pour atteindre le bord de l'eau et la fameuse petite sirène. Qui me fait à peu près le même effet que le Mont Rushmore: je la voyais plus grande. Et plantée à l'entrée du port plutôt qu'à cinquante centimètres du bord de l'eau. Malgré les touristes agglutinés autour, nous réussissons à faire pas mal de photos, notamment avec Régis. On doit nous prendre pour des illuminés, mais nous avons l'habitude.

Comme le métro ne passe pas dans les parages et que nous n'avons pas de plan des bus, nous nous dirigeons à pied vers Ny Havn ("Nouveau Port"). Les parages ne sont pas hyper riants ni animés; nous sommes dans la partie industrielle du port puis, dès que nous nous écartons des quais, dans un quartier probablement administratif. En passant près du palais d'Amalienborg, nous tombons par pur hasard sur la relève de la garde. Nous nous joignons à la foule pour y assister, mais au bout de plusieurs minutes pendant lesquelles il ne s'est rien passé ou presque, nous finissions par nous lasser. Quelques imbéciles tourmentent un jeune garde censé rester parfaitement immobile pour tenter de lui arracher une réaction. Ca m'énerve. Du coup, je n'essaie pas de m'approcher pour le photographier avec Régis à côté.

Ny Havn est une image de carte postale avec ses façades colorées et ses terrasses de restaurant alignées sur tout un côté. Après l'avoir photographié sous tous les angles, nous épluchons les cartes en anglais pour trouver un endroit où manger: nous approchons de midi et demie et comme nous avons beaucoup marché, le petit dej' nous paraît déjà loin! Nous finissons attablés, Chouchou devant un club sandwich et moi devant une sorte d'assiette dégustation danoise. Ce n'est ni mauvais ni transcendant; je voudrais juste savoir pourquoi ils mettent de la sauce au curry avec tous les plats. En dessert, par contre, nous nous partageons un gâteau aux noix délicieux.

Nous retournons, toujours à pied, vers l'hôtel de ville en passant par les petites rues commerçantes en dessous de Stroget. Notre prochaine étape: la visite du Dansk Design Center, autrement dit, le Centre du Design Danois. Nous sommes étonnés de payer nos entrées demi-tarif. Puis nous nous apercevons que la moitié des expositions seulement sont disponibles, les deux grandes salles du rez-de-chaussée étant actuellement en travaux. Dommage: ce que nous voyons nous plaît énormément et nous laisse un goût de trop peu. Au sous-sol, deux longues vitrines bordant un couloir mal éclairé abritent des objets dont le design est devenu iconique - on y trouve même une poupée Barbie et des Lego! En face, dans une salle aux murs nus, une table est couverte de flacons, de bricks ou de paquets en carton blanc portant une simple inscription en lettres noires ("good vibes", "up and downs", "stress killers") qui invite le visiteur à réfléchir sur sa façon de consommer. Au premier étage, une exposition temporaire présente des emballages de produits alimentaires écolo-minimalistes et un meveilleux display holographique accompagné d'une voix qui explique, en anglais, comment les entreprises et les particuliers peuvent minimiser leur impact sur l'environnement. Une simplicité très étudiée, une pureté jamais ennuyeuse, un naturel reposant: telles semblent être les caractéristiques du design scandinave.

Malheureusement, pendant notre visite au DDC, il s'est mis à pleuvoir. Nous contournons le Tivoli à pied dans l'idée d'explorer Istedgade, l'avenue chaude peu à peu grignotée par les boutiques de jeunes designers selon notre guide. Mais après l'avoir parcourue sur quelques centaines de mètres, nous avons essentiellement vu des vitrines pleines de sextoys de plus mauvais goût les uns que les autres. Grognon, je réclame à faire demi-tour. Sur le chemin de l'hôtel, nous trouvons un cybercafé dans lequel nous nous réfugions pour consulter nos mails et, avec un peu de chance, attendre la fin de l'averse. Nous y restons une demi-heure, et il pleut toujours lorsque nous ressortons. Grmbl. Quand je pense que dans les cartes postales rédigées ce midi, je vantais le beau temps de Copenhague!

Une petite pause dans notre jolie chambre nous permet de reposer nos jambes. Le ciel une fois dégagé, nous retournons au Tivoli. Ce soir, nous avons l'intention de tester les manèges repérés hier. Nous commençons par les balançoires suspendues qui montent haut, haut, haut... Un petit moment d'angoisse pendant l'ascension, vite oublié dès que les sièges se mettent à tourner. Malgré le froid, la sensation de voler (ou presque) au-dessus des toits est extrêmement grisante. A côté de ça, évidemment, la "petite grande roue" et ses nacelles en forme de montgolfière n'offrent guère de sensations - mais tout de même une jolie vue sur le parc dont les lumières s'allument avec l'approche de la nuit. Nous faisons un tour au pays des contes d'Andersen, un manège dont ont dû s'inspirer le Peter Pan et le It's a small world de Disneyland. J'en avais oublié tout un tas, et les commentaires en anglais me remémorent à quel point l'univers de cet auteur était cruel. Dernière attraction du jour: le Daemon, un grand huit à sept boucles dans lequel je refuse de monter avec Chouchou, craignant les à-coups dans la nuque. Lui, en revanche, redescend enchanté.

L'estomac dans les talons, nous nous dirigeons vers Wagamama où, après une courte attente, on nous place à l'extrémité d'une grande table commune. Ce n'est pas le genre de choses dont je raffole, mais la cuisine - du japonais louchant un tantinet sur la world fusion - est fantastiquement bonne. Nous partageons un saumon teriyaki délicieux et une immense soupe dans laquelle nagent tofu, viande, crevettes et légumes. Je suis par contre très déçue d'apprendre que les jolis T-shirts rouges "Wagamama Tivoli" portés par les serveuses sont en rupture de stock. D'un autre côté, je collectionne déjà les T-shirts HRC; ce n'est peut-être pas la peine de me lancer dans une deuxième quête internationale du même style.

Nous avions envisagé de refaire un tour sur les manèges du Tivoli après manger, mais nous sommes crevés et il fait vraiment froid. De retour à l'hôtel, nous allumons la télé et tombons sur l'épisode final de "A shot at love with Tila Tequila", sorte de Greg le Millionnaire où le coeur à conquérir est celui d'une ex-star du porno bisexuelle. Il ne reste qu'un candidat garçon et une candidate fille en lice. Le premier est mignon et a l'air d'un parfait petit con. La seconde a un physique androgyne et est touchante de sincérité. Bien entendu, Tila part avec le bogoss: d'après mon expérience personnelle et mes observations, les bis couchent aussi bien avec des garçons qu'avec des filles mais finissent en général par former un couple hétéro. Bref.

Avant de m'endormir, je feuillette le sublime "Goddess guide" acheté hier chez Urban Outfitters. J'ai la surprise d'y trouver une double page consacré à l'anthologie de sacs à main de Nathalie Lecroc, qui avait fait le portrait de mon Sequoïa gris en... 1999, je pense. Je suis contente d'apprendre qu'elle a poursuivi son projet au-delà des 100 sacs initialement prévus, et qu'elle devrait bientôt publier un recueil de ses aquarelles.