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samedi 24 avril 2010

Japon - Tokyo (Shibuya, Shinjuku)


La nuit ne fut pas très bonne: Chouchou et moi sommes tous les deux un peu malades. Il n'a pas arrêté de ronfler bruyamment et moi de tousser à m'arracher la gorge. Mais ça ne doit pas nous empêcher de profiter de notre dernier jour à Tokyo, qui marque aussi les 40 ans de Chouchou.

En sortant du ryokan, nous nous rendons dans une boutique de thé voisine conseillée hier soir par la "spécialiste des femmes", pour y faire une provision de crus locaux introuvables en Europe. Faute de pouvoir converser avec le propriétaire, je choisis une demi-douzaine de paquets complètement au hasard, nous verrons plus tard si ce dernier a bien fait les choses! Puis nous réservons nos billets de Narita Express pour demain matin et mettons le cap sur Shibuya.

Nous commençons par déjeuner au Big Chef où je mange une dernière omelette au riz - qu'est-ce que j'aime ça! Au rayon librairie de Tower Record, nous trouvons la collection de petits bouquins illustrés sur le Japon (nous en achetons 5), et Chouchou au terme d'une très longue fouille déniche le dernier recueil de photos de Rikki Casso. He's outshopping me, c'est un scandale! Aurais-je perdu mon mojo? Ou l'aurais-je contaminé avec mon propre virus, créant un monstre concurrent sans le vouloir? Quoi qu'il en soit, ma propre recherche au rayon "art de vivre" ne me permet de faire aucune nouvelle trouvaille fracassante. Et puis je balise pour le poids des valises au retour.

Nous retour- nons à pied chez Junie Moon pour voir l'expo Alice qui a commencé le 20. Différents artistes ont crée des Blythe uniques en s'inspirant des personnages de l'oeuvre de Lewis Carroll. Il y a notamment un Chapelier Fou et un Chat de Cheshire sublimes, mais les prix vont de 60 000 à 200 000 yens, glups. Et puis un tableau adorable à 30 000 yens que je me serais peut-être offert si je l'avais vu en début de séjour, mais là... J'espère sans trop y croire que toutes ces merveilles figureront dans un prochain libre de photos. Je ressors de la boutique à la fois inspirée et super-frustrée.

Arrêt pour boire un verre dans un café branché, le premier du genre que nous voyons à Tokyo. Un vulgaire Coca y coûte 550 yens; quand on sait qu'ils sont à 120 yens dans les distributeurs, ça fait un peu mal. D'autant qu'ici comme ailleurs, la clientèle ne s'attarde guère pour profiter de l'ambiance, bavarder ou rêvasser après avoir fini ses consommations.

Chouchou ayant exprimé le désir de visiter un temple en ce jour d'anniversaire, nous retournons ensuite en métro jusqu'à Harajuku pour une petite visite au Meiji Jingu - qui, techniquement, est un autel destiné à un empereur défunt et à son épouse, mais où l'on peut aussi sonner une cloche pour exaucer ses voeux. J'y suis déjà allée deux fois et ça ne me branche pas d'y retourner, d'autant que je commence à avoir mal aux pattes, mais peut-on refuser quelque chose à quelqu'un qui fête ses 40 ans? Non, on ne peut pas. Je suis donc Chouchou en silence.

Pour le repas de ce soir, nous avions repéré dans le Cartoville une izakaya spécialisée dans le tofu qui avait l'air très sympa. Mais des recherches extensives ne nous permettent pas de la trouver. Comme nous reprenons le métro pour Ikebukuro, les portes de la rame se referment sur Chouchou qui tombe à la renverse, une de ses jambes passant entre le quai et le train. Il s'en tire avec de gros bleus, mais j'ai eu très peur.

Au final, nous dînons dans le bar à sushi "habituel" où je commande pour Chouchou et moi en japonais. Je n'aime pas le poisson cru, aussi je me contente de sushi à la crevette (cuite) et de maki au concombre tandis que Chouchou s'éclate avec toutes sortes de bestioles à tentacules infâmes.

Un dernier tour à Shinjuku pour faire quelques photos de nuit des enseignes lumineuses. Chouchou a le blues, mais je suis sur les rotules et j'ai hâte de rentrer demain. Tokyo, c'est quand même une ville crevante!



jeudi 22 avril 2010

Japon - Tokyo (Ginza)


Parmi les incontournables dans notre liste de choses à faire au Japon durant ce séjour, il y avait la visite d'un café ou d'un restaurant à thème, avec décor extravagant et serveuses déguisées. L'étude approfondie d'un livre très bien documenté sur ce thème nous avait permis de sélectionner deux établissements tentants à tous points de vue: le Vampire Café et le Alice in Wonderland Fantasy Dining, tous deux situés dans le quartier chic de Ginza. Craignant qu'il y ait un dress code informel dans le premier, nous avons demandé au réceptionniste de notre ryokan de réserver pour nous dans le second.

La première chose dont nous avons été informés, c'est qu'en tant que gaijins, nous devrions payer un supplément de 600 yens plus 10% du montant de nos consommations. D'indignation, j'ai failli renoncer à y aller. Si un établissement français annonçait quelque chose comme "chez nous, les niaquoués (car "gaijins" est souvent employé dans un sens péjoratif...) raquent plus cher", il aurait toutes les associations de consommateurs plus SOS Racisme sur le dos, et à juste titre! L'immense courtoisie dont les Japonais font preuve vis-à-vis des touristes fait parfois oublier leur profonde xénophobie; ce genre d'incident la rappelle de manière fort désagréable et laisse un goût un peu amer. Néanmoins, Chouchou est super motivé, et comme on ne refuse rien à un homme qui a 40 ans dans deux jours, je décide de m'asseoir sur mon indignation pour l'accompagner quand même.

En tout début d'après-midi, après un déjeuner pas inoubliable au Casa (un des restos du food court situé au 8ème étage du Seibu de la gare d'Ikebukuro), nous nous mettons donc en route pour Ginza. Nous sortons du métro sous une pluie battante qui nous force - c'est ballot - à nous réfugier dans le flagship store Muji situé à deux pas. Là, tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté. Bon, j'exagère peut-être sur le chapitre luxe et volupté, mais l'agencement des marchandises est un régal zen pour les yeux. Nous traînons un long moment aux rayons papeterie et nourriture, et je me déniche même un joli jean gris en coton biologique. D'accord, c'est une coupe boyfriend dans laquelle on est censée flotter et laisser dépasser quinze centimètres de bas de mollet, et sur moi, ça donne un modèle méga-moulant pile à la bonne longueur. Nevertheless, il me plaît beaucoup.

Chouchou, décidément en mode GPS depuis le début du voyage, retrouve ensuite du premier coup la papeterie Ito-Ya où je ne m'éclate pas autant que la dernière fois, mais où j'effectue quand même quelques emplettes de cartes, de trombones fantaisie et de magnets. Puis, munis d'indications fort vagues, nous nous mettons en quête du Taiyo Building. Une série de suppositions éclairées couplées à un peu de chance nous permettent de le localiser assez rapidement malgré nos craintes - si rapidement, même, que nous devons tuer le temps dans un grand magasin de jouets et une librairie en attendant l'heure de notre réservation. Nous faisons l'ouverture: le service de 19h, nous avait-on dit au téléphone, était complet; nous avons donc dû nous résoudre à dîner à... 17h.

Au 5ème étage du Tayio Building, les portes de l'ascenseur s'ouvrent directement dans le hall du Alice in Wonderland Fantasy Dining. Chaises au dossier sculpté de roses, murs ornés de reproductions des pages de l'oeuvre de Lewis Carroll et... atmosphère claustrophobante, on est immédiatement dans le bain. Car si la décoration de ce restaurant est soignée dans les moindres détails, avec une inventivité qui m'arrache des "Oh" et des "Ah" ravis jusque dans les toilettes, le plafond hyper bas et peint en noir, les murs très rapprochés ou couverts de miroirs et l'éclairage tamisé rougeâtre me font immédiatement penser à une boîte échangiste ou à un bordel - impression qui ne me lâche pas pendant tout le repas et qui contraste très fort avec mes attentes plus, disons, disneyesques.

Par contre, les serveuses sont à croquer avec leur tenue d'Alice. Et nous sommes très agréablement surpris de découvrir qu'au-delà de sa présentation inventive, la nourriture est délicieuse. Dommage que le service rapide, limite précipité, n'invite pas à s'attarder... Mais bon, comme dans tous les restos au Japon. Au total, même si l'addition est un peu salée, je trouve que l'endroit la vaut bien, et je suis contente de m'être laissée convaincre par Chouchou de l'accompagner au Pays des Merveilles.

mercredi 21 avril 2010

Japon - Kawaguchi


Les vols long courrier à destination de l'Europe devraient reprendre partiellement aujourd'hui. Pour autant, je ne serai vraiment tranquille que quand le nôtre aura été confirmé, donc pas avant samedi, j'imagine.

En ce mercredi que la météo prévoit ensoleillé, nous tentons de réaliser un rêve de Chouchou: voir le Mont Fuji. Pour cela, nous prenons à Shinjuku un train JR qui nous conduit en une heure jusqu'à Otsuki, puis un tortillard rigolo qui met presque aussi longtemps à nous hisser jusqu'à Kawaguchi - ville où se trouve l'un des cinq lacs situés au pied du Mont Fuji, et depuis lesquels on a paraît-il la plus belle vue sur ce volcan surnommé "le coeur du Japon".

Je suis ravie de traverser ce paysage de montagne et de campagne à une allure un peu poussive qui permet de bien tout regarder, et même de prendre des photos par la fenêtre. Je m'en doutais un peu grâce à mes lectures (notamment "Hokkaido Highway Blues" que j'ai terminé juste avant notre départ), mais le Japon rural n'a apparemment rien à voir avec le Japon citadin; loin des enseignes lumineuses à gogo, des gratte-ciel d'acier et de verre, des magasins entassés les uns sur les autres et du grouillement humain parfois oppressant, il semble figé dans un passé où tout était simple et épuré.

Arrivés au terminus, nous descendons à pied vers le lac distant d'à peine 800 mètres, et comme il est déjà un peu tard, nous cherchons où manger. Le premier restaurant que nous essayons est complet et le deuxième fermé; l'angoisse fait gargouiller mon estomac. Nous finissons par nous réfugier dans une sorte de cantine très calme... jusqu'à ce que débarque un groupe d'une vingtaine de touristes coréens fumeurs et bruyants, qui nous persuade de finir notre repas en vitesse et de détaler.

Nous nous dirigeons vers le "cable car", un téléphérique qui nous emmène jusqu'à un très beau point de vue. Malheureusement, de gros nuages dissimulent le sommet du Mont Fuji. Pas de photo de carte postale pour Chouchou qui tente de faire contre mauvaise figure bon coeur. Nous profitons de la température agréable pour nous asseoir face au panorama et dessiner au moins ce que nous voyons de la montagne. Avant de redescendre, nous sonnons la cloche de Tenjo ensemble, en faisant un voeu face au Fuji: nous voulons un avion pour rentrer chez nous dimanche!

Nous embarquons ensuite à bord du "pleasure boat" avec un seul autre couple - la saison n'est pas encore commencée et il n'y a pas foule aux abords du lac. Le temps est couvert et il fait un peu froid sur le pont supérieur désert, alors je me blottis contre la poitrine de Chouchou pour regarder lentement passer le Mont Fuji derrière les cerisiers en fleurs. Pas trop dégueu comme moment :-)

Pour le goûter, je réclame à tester le Cheese- cake Factory, une ravissante pâtisserie à l'européenne qui sert surtout des gâteaux à emporter mais propose aussi deux petites tables bistrot dans un coin pour la dégustation sur place. Comme je le soupçonnais, le cheesecake a tout sauf un goût de cheesecake. Mais il est bon quand même. Un petit tour dans les boutiques de souvenirs voisines, où nous acheton schacun un mini-Mont Fiju en peluche (même pas honte) et où je trouve un très chouette puzzle du Japon, avec les régions en couleurs et un petit dessin de la spécialité de chacune. Puis nous rebroussons chemin vers la gare pour rentrer sur Tokyo, ce qui nous prend presque trois heures avec les deux changements.

Le soir, nous dînons dans un boui-boui d'Ikebukuro Ouest - ramen au porc et gyoza. Une fois de plus, c'est la fumée de clope qui nous pousse à fuir sitôt la dernière bouchée avalée.

mardi 20 avril 2010

Japon - Tokyo (Ebisu, Nakano)


Toujours la même effervescence ce matin au petit déjeuner: tout le monde cherche des nouvelles du trafic aérien et se demande quand il aura un avion pour rentrer chez lui. La salle commune du Kimi prend des allures de camp de réfugiés touristiques. Je ne déteste pas cette ambiance, qui pousse les gens à discuter entre eux au lieu de rester chacun dans son coin, mais je suis toujours inquiète pour notre retour dimanche.

Aujourd'hui, nous allons à Ebisu (prononcer: "ébissou", d'où nombreux jeux de mots foireux et dégoulinants de guimauve dans le métro) où un étrange château se dresse en plein milieu d'une place japonaise moderne. Nous déjeunons dans un restaurant équipé des fameux distributeurs de tickets que nous maîtrisons désormais à la perfection - tout comme ceux du métro qui m'avaient tant terrorisée lors de mon premier voyage il y a 5 ans. Ce n'est vraiment qu'un coup à prendre!

Puis, à l'instigation de Chouchou, nous visitons le Tokyo Metropolitan Museum of Photography qui propose actuellement deux expos:
- Requiem de Yasumasa Morimura, un artiste dont nous avons déjà aperçu une oeuvre au Musée Mori l'autre jour. Sa spécialité, c'est de se grimer pour recréer des scènes historiques marquantes dans lesquelles il interprète tous les protagonistes. Le résultat - photos et vidéos - est très bien foutu mais me laisse un peu perplexe quant à son utilité et son message.
- Unseen and best works de Jean-Loup Sieff: décidément, nous n'échappons pas aux artistes français! Mais les photos de mode comme les nus ou les portraits de JLS me laissent totalement froide. Je les trouve à mille lieues de l'émotion dégagée par le travail de Richard Avedon (par exemple).

Nous nous rendons ensuite à Nakano où j'ai consenti à accompagner Chouchou dans sa quête de figurines de fâmâpoâls avec des flingues. Un bienfait n'étant jamais perdu, je tombe sur une boutique qui vend de très nombreuses Blythe en édition limitée, dont des occazes impeccables, à peine sorties de leur boîte. C'est ainsi que je trouve enfin une poupée qui me plaît dans mes prix, hourra! Je m'étais plus ou moins résignée à rentrer bredouille. Après ça, bien qu'il soit encore tôt, la fatigue nous pousse à rentrer au ryokan.

Le soir, il se remet à pleuvoir sérieusement. Nous allons dîner au Denny's, faisant ainsi une entorse à notre règle qui veut qu'à l'étranger, nous mangions de la bouffe étrangère. Cela dit, ce n'est qu'une demi-entorse puisque cette chaîne de restaurants américains propose au Japon une version nipponisée de ses grands classiques. Ainsi, les hamburgers sont servis avec le pain à part, et ce pain peut être remplacé par un bol de riz blanc. Et le cheesecake, bien que délicieux, représente à peine deux grosses bouchées. Pendant que nous dînons, je tombe amoureuse de la salière que je contemple en hésitant à la barboter. Elle n'a rien de spécial et ne doit pas coûter plus de cent yens en grande surface, mais j'aime sa forme toute simple, son bouchon vissable et ses kanji bleu foncé sur le devant. Je veux cette salière. Mais je ne peux pas me résoudre à la voler. Tant pis, je me consolerai avec le joli chapeau Uniqlo rouge que Chouchou m'a offert avant le dîner.

jeudi 15 avril 2010

Japon - Tokyo (Roppongi, Ikebukuro)


Ce matin, nous sommes hyper excités à l'idée de visiter (pour la 2ème fois) le musée du Studio Ghibli. Mais lorsque nous arrivons à Mitaka après un looong trajet dans un métro glacé de la Chuô Line, plus un trajet en navette avec un chauffeur mal aimable, l'employé ne jette qu'un coup d'oeil à nos billets avant de lâcher sur un ton sans appel:
- Ziss iz for toumorro.
Grand moment de solitude. Effectivement, j'avais demandé à Chouchou de réserver pour le premier jeudi de notre séjour, mais les billets mentionnaient juste "April the 16th"... et à aucun moment je n'ai calculé que ce n'était pas la date d'aujourd'hui.



Nous rebroussons chemin sous la pluie. Il est déjà 11h et la journée menace de partir en sucette. Aux grands maux les grands remèdes: nous basculons sur le programme de demain et filé vers Roppongi pour manger au Hard Rock Café et y faire quelques emplettes. Bilan des courses: une très belle veste en coton huilé aspect cuir pour Chouchou, un sweat noir et blanc à manches courtes et un shot glass Tokyo édition limitée pour moi. Dans le resto, la serveuse s'extasie sur Régis; elle a bon goût cette petite. En attendant notre commande, je dessine vite fait deux des guitares accrochées aux murs. Puis Chouchou se goinfre un BBQ bacon cheeseburger Chouchou tandis que je déguste délicatement ma Cobb salad - nous avons tendance à prendre toujours la même chose au HRC. En dessert, nous partageons un cheesecake - un vrai avec la croûte en Graham crackers et une sauce aux fraises subliiiiime - à partager. Burps. Un estomac plein et des oreilles qui résonnent encore de bon vieux rock = un moral de nouveau au beau fixe, contrairement à la météo.

Nous nous rendons ensuite au Musée Mori où a lieu une expo de jeunes artistes japonais intitulée Roppongi Crossing 2010. Non seulement c'est génial, mais on a le droit de prendre des photos de la plupart des oeuvres! J'apprécie particulièrement les arbres découpés par Teruya Yuken, avec une minutie époustouflante, dans des sacs de McDo ou de marques de luxe telles que Vuitton ou Prada. Au milieu de notre visite, nous avons la surprise de tomber sur Marion, son père et sa soeur. Puisqu'ils vont aussi au Musée Ghibli demain, nous nous donnons rendez-vous afin de déjeuner ensemble au Straw Hat Café.

Retour au ryokan pour déposer le shopping, puis direction Ikebukuro Est. Nous ne trouvons pas grand-chose chez Animate et en ressortons assez vite pour nous rendre à Namjatown. Ce parc d'amusement en intérieur, que nous avions traversé en coup de vent à l'heure de la fermeture en 2007, est un endroit hallucinant vu en plein jour et en activité. Quatre thèmes se partagent deux étages: les glaces, les desserts, les gyozas et... les massages. Quelque part au milieu de ce fouillis se trouve une sorte de couloir halloweenesque plein de squelettes, de pierres tombales et de jeux mécaniques tous plus lugubres les uns que les autres. Nous ouvrons des yeux ronds à tous les coins.

Chouchou s'offre une partie de jeu vidéo (un shoot'em up appelé "Time crisis") et moi un massage des pieds d'un quart d'heure, administré par un Japonais qui rigole derrière son masque. Chacun ses petits plaisirs. Notre choix d'échoppe de gyozas est moins heureux: je n'ai jamais mangé de raviolis japonais aussi mauvais, même en France! Je regrette très fort ceux à l'ail que nous avions dégustés en poussant des cris de bonheur la dernière fois.

mercredi 14 avril 2010

Japon - Kyoto


La journée à Kyoto, dont nous avions gardé un si bon souvenir de notre séjour précédent, se révèle décevante. D'abord, malgré un beau soleil, il fait froid et très venteux. Ensuite, le temple Higashi Honganji est toujours en travaux deux ans et demi plus tard, et nous ne pouvons pas visiter la partie qui nous manque. Comme il est hors de question que je me tape une troisième fois les Pavillons d'Or et d'Argent ou le Ryoanji, nous prenons le métro jusqu'à Shijo Dori, la grande artère commerçante de la ville: dans le doute, se rabattre sur le shopping ne fait jamais de mal (sauf au portefeuille, mais il a l'habitude).

Mais cette fois, curieusement, la manoeuvre se révèle plus fructueuse pour Chouchou que pour moi. Serais-je en train de perdre ma magic touch? L'angoisse me ronge. Le Neo Mart (grand magasin de produits importés des USA) a perdu beaucoup de son charme depuis la dernière fois. Heureusement, le Loft est toujours égal à lui-même. Chouchou y déniche une nouvelle sacoche très chouette et un thermos parfait pour emporter du thé glacé au boulot, pendant que je me contente d'un peu de papeterie et d'un plateau turquoise à pois blancs. Pas par manque d'envie, mais parce que je garde en tête les restrictions de mon budget et de mes bagages. Si j'habitais au Japon, ce magasin me ruinerait. C'est un de mes préférés au monde; oui, rien que ça.

Nous nous engageons ensuite dans les deux artères commerçantes couvertes au nom imprononçable, où nous nous étions amusés comme des fous lors de notre premier voyage ensemble. Pour le goûter, ne trouvant pas le Mister Donut et ses boissons radioactives, nous nous arrêtons chez Strawberry Fair dont la vitrine m'a fait halluciner. Je testerais bien la coupe monstrueuse du haut mais Chouchou n'est pas chaud et seule je vais en gaspiller les trois quarts. Je prends donc un Strawberry Shortcake Parfait qu'on me sert avec... un Earl Grey (je m'apercevrais plus tard que dans tous les endroits où goûter à l'occidentale, il est impossible de trouver un thé vert japonais). Dans ma coupe se superposent des fraises, de la chantilly, de la glace vanille - jusqu'ici tout va bien -, du quatre-quarts sans sucre ni beurre coupé en petits morceaux, des corn-flakes et de la Jell-O rouge. C'est, euh, spécial. Depuis le temps, je devrais pourtant savoir que les desserts japonais sont toujours supea beaux et très rarement bons!

La visite subséquente des arcades nous déçoit elle aussi. Je me contente d'un foulard à pois oranges pour protéger ma gorge et d'une breloque chat de Cheshire dans le magasin de figurines qui a par ailleurs dans ses rayons deux Blythe sublimes mais bien trop chères (respectivement 20 000 et 28 000 yens, soit 160 et 220€ environ). Comme je suis vraiment crevée, nous modifions nos réservations de retour et reprenons le train plus tôt que prévu avec des bentos crapuleux - haché, saucisses, riz et pâtes! - à manger pendant le voyage.

mardi 13 avril 2010

Japon - Tokyo (Ueno, Nippori)


Dodo à 22h hier soir, réveil à 2h du mat' après un des plus horribles cauchemars de ma vie (tortures et mutilations à gogo), puis émergeage définitif vers 6h30: pas mal. Et la météo promet une journée couverte mais chaude, youhou! Pour en profiter, nous décidons de nous rendre au parc de Ueno.


Mais d'abord, une petite visite au grand magasin de jouets Yamashiroya qui se trouve face à l'une des sorties de la gare de Ueno. Première vision de Blythe, première immersion dans les goodies Totoro: rhââââ, ça fait du bien. Puis direction le parc. Bien qu'à la fin de leur floraison annuelle, les cerisiers sont encore très beaux et nous devons presque nous battre pour prendre des photos dessous. Après avoir vainement cherché un resto pour déjeuner, nous nous contentons d'une barquette de nouilles sautées au chou et au gingembre confit que nous mangeons assis sur une pierre au soleil.

Lorsque nous arrivons devant l'entrée du zoo, dont mon Cartoville précisait que son attraction principale était un panda géant du nom de Ling Ling, nous avons la surprise de trouver un panneau précisant: "Il n'y a pas de panda géant dans ce zoo". La réponse de cette énigme nous est fournie par une plaque à l'intérieur: Ling Ling a défunté d'une crise cardiaque au printemps 2008.

Pour le reste, le zoo est très agréable, avec beaucoup d'aires de repos et un monorail qui relie ses deux grandes zones. Mais ça me fait toujours autant de peine de voir de grands animaux sauvages faire les cent pas dans des enclos riquiquis. L'ours blanc, notamment, qui arpente sa corniche sans relâche et sans varier son circuit d'un poil. Je dévaliserais bien les boutiques, notamment en peluches, mais la limite des 20 kilos de bagages (et de mon budget) m'incite à me montrer raisonnable, et je me contente d'un minuscule hamster orange, plus des T-shirts pour mes neveux et une ou deux autres bricoles.

Nous remontons ensuite vers le quartier de Nippori, loin des sentiers battus et rebattus par les touristes. Je ne trouve toujours pas de théière à mon goût dans l'adorable rue de Yanaka Ginza, mais Chouchou et moi y dénichons des baguettes ornées de nos signes astrologiues chinois respectifs. Comme je meurs de faim, nous nous arrêtons ensuite dans un boui-boui où nous dégustons de super menus katsudon pour 1300 yens à peine. Chassés par la fumée de clope des autres clients, nous ne nous y attardons cependant pas.

Le cimetière voisin, qui abrite entre autres la tombe de Natsume Sôseki, me déçoit un peu par son uniformité. Nous n'y faisons qu'un passage assez bref avant de rentrer au ryokan pour une pause-thé bien méritée.

Sieste jusqu'à 19h. Nous ressortons acheter des fruits pour le petit déj' de demain, réserver nos places de Shinkansen pour aller à Kyoto et faire un tour au drugstore où je sélectionne quelques cosmétiques japonais: mascara et gloss de la marque de grande distri de Shiseido + un pot de la fameuse crème DHC Q10. Retour au ryokan, grignotage et surf internet dans la salle commune.

lundi 12 avril 2010

Japon - Tokyo (Ikebukuro)


Dimanche 11: Les vacances commencent par un gros coup de stress. A cause des grèves de la SNCF, le TGV qui doit nous amener à Paris est détourné par Lille. Nous arrivons à Roissy avec une demi-heure de retard, et le drop-off bagages est épouvantablement engorgé. Résultat: nous finissons par déposer nos valises à 12h55 alors que notre embarquement était censé débuter à 12h45! Et il nous reste encore le contrôle sécurité à passer...

Finalement, nous ne ratons pas notre avion: nous décollons juste avec presque une heure de retard car tous les passagers étaient dans le même cas que nous. Mais je n'ai pas eu le temps de m'arrêter dans une pharmacie, ce qui va me valoir le plaisir de réclamer des laxatifs en mauvais japonais une fois à Tokyo, histoire de contrer l'inévitable effet "tuyauterie bouchée" du changement d'environnement, de rythme et de régime. *soupir*.

Autre désagrément: le premier plateau-repas dégueu qu'on m'ait servi sur un vol long courrier. Oh, et j'essaie de regarder "Where the wild things are" mais comme je suis près du hublot, je n'y vois rien entre les reflets sur mon écran et les images naturellement sombres du film. Grmbl, grmbl. Prenons un demi Xanax et tentons de dormir.

Lundi 12: Finalement, ni Chouchou ni moi n'avons réussi à fermer l'oeil dans l'avion. Pourtant, le vol est passé assez vite. Arrivée à Tokyo à 9h et des poussières heure locale, par 8° dehors et une pluie battante. Formalités hyper vite expédiées, merci l'efficacité nippone! Juste le temps de changer nos bons pour les Japan Rail Pass et de prendre une canette de Coca dans un distributeur et hop, nous sautons dans le Narita Express de 10h15 direction Ikebukuro. Je me sens plutôt en forme, beaucoup plus en tout cas que lors de mes deux voyages précédents.

Notre premier achat à Tokyo est un parapluie moche mais pas cher, dans le métro. Après avoir déposé nos valises au ryokan, comme notre chambre n'est pas encore prête, nous ressortons déjeuner. Nous ne trouvons pas de corner resto intéressant dans les food courts de Tobu ou Seibu (qui ont été réaménagés depuis notre séjour précédent), si bien que nous atterrissons... au KFC, où ils servent des portions de nains. Ici, un menu se compose de 2 morceaux de poulet et de 12 frites - contre 4 morceaux en France et 6 aux USA: inutile de se demander comment les Japonais restent si minces.

Les courses qui suivent, chez Tokyû Hands, sont fructueuses comme d'habitude: pleiiiiiiin de deco tape! Mais Chouchou tombe de sommeil, alors après avoir acheté des gyoza pour ce soir et de la salade de fruits pour demain matin, nous rentrons au ryokan pour une petite sieste... qui se prolonge finalement jusqu'à 18h.

Nous ressortons dans la pluie et le froid pour nous rendre chez Bic Camera, où j'achète mon Instax soldé, en chocolat plutôt que blanc et rose. L'exploration de Tobu s'avère décevante: rayon papeterie bof, pas vraiment de théières en fonte, et en cherchant des cosmétiques nous nous paumons complètement ! Il est temps de rentrer manger nos gyoza et surfer sur internet - car désormais, le Kimi est équipé d'une connexion wifi, même si elle ne fonctionne qu'au rez-de-chaussée... et mal.

dimanche 14 juin 2009

Tchéquie - Prague


Le beau temps se maintient aujourd'hui. Nous passons la matinée au Musée des Arts Déco. Dans la boutique du rez-de-chaussée, je craque pour un collier; ça ne fera jamais que le deuxième en deux jours... L'exposition temporaire du premier étage, qui termine aujourd'hui, est consacrée à Daniel et Ignàc Preisslerové, un père et un fils connus pour avoir développé l'art de la peinture sur l'envers du verre. La collection permanente située au deuxième étage est incroyablement touffue. Six salles consacrées chacune à un thème précis (le verre et la faïence, le tissu et l'habillement, l'horlogerie, l'imprimerie et la photographie, le métal...) regorgent de tant de trésors qu'il est difficile de les admirer tous. Ici comme dans beaucoup d'autres musées tchèques, il est permis de prendre des photos en échange d'un "ticket" qui coûte quelques euros. Malheureusement, l'éclairage tamisé nécessaire à la préservation de certaines oeuvres ne nous permet pas d'en profiter réellement.

Nous allons déjeuner dans un resto d'une rue adjacente, recommandé par un de mes guides pour son atmosphère bon enfant et sa très bonne cuisine tchèque à prix modique. Le Svejk ne nous déçoit pas. Je n'arrive pas à bout de mon assiette dégustation: canard + 2 sortes de viandes de porc + quenelles de pain + quenelles de patates + chou rouge et chou blanc au vinaigre, ça fait un peu beaucoup pour moi. Je vais laisser le chou. C'est lourd, le chou.

L'après-midi, comme nous avons un peu épuisé notre stock de visites culturelles, je demande à retourner à l'angle de la rue Novy Svet où, en passant avant-hier, j'avais repéré une charmante pension de famille qui aurait été très sympa à dessiner. Chouchou accepte, et au terme d'une assez longue marche, nous nous posons enfin face à U Raka. Je m'assois en tailleur dans le gravier tandis que Chouchou préfère griffonner debout. Nous restons là jusqu'à ce que la lumière commence vraiment à décliner, que j'aie fini mes contours au feutre à l'encre de Chine et que Chouchou déclare sa moitié de dessin finie "à chier".

Nous rentrons à l'hôtel en faisant un petit détour par l'île de Kampa. Juste avant le pont qui permet d'y accéder, nous tombons sur le John Lennon Wall, un grand mur couvert de graffiti politiques - très photogénique. Sur le pont même, des dizaines de cadenas fermés sont accrochés à la grille qui donne sur un petit moulin à aube. Pourquoi, mystère. Il faudra chercher sur Google.

Nous dînons de bonne heure au O'Che's avant de reprendre le chemin de Karlova et du théâtre TaFantastika. En effet, nous avons acheté des billets pour la représentation de 21h30 d'"Aspects of Alice". C'est un spectacle étrange qui mélange acteurs live, effets de lumière noire, marionnettes, film et dessin animé avec beaucoup de poésie, une pointe d'humour et une bonne dose d'érotisme. Nous adorons tous les deux.


jeudi 11 juin 2009

Tchéquie - Prague


Ce voyage pourtant attendu depuis des années ne débute pas sous les meilleurs auspices. Une crise d'angoisse m'a pratiquement empêchée de fermer l'oeil cette nuit; c'est donc lessivée que je débarque à Prague avec Chouchou vers 8h du matin. Le chauffeur de taxi envoyé par l'hôtel a vingt minutes de retard, et à cause des embouteillages, il est finalement 9h30 lorsque nous arrivons au King George pour poser nos bagages.

La réceptionniste nous annonce que nous pourrons disposer de notre chambre dans une demi-heure. En attendant, nous allons faire un tour dans les rues commerçantes voisines. Presque immédiatement, nous tombons sur le Hard Rock Café local où nous effectuons nos achats traditionnels: ce sera un T-shirt noir à manches courtes avec des dragons devant pour Chouchou et un sweat zippé rouge à capuche pour moi.

Retour à l'hôtel. Notre chambre sous les toits est plutôt mignonne avec ses murs pentus et ses poutres apparentes; par contre, elle manque de lumière pour des photos et en guise de lit double, elle a deux lits jumeaux poussés l'un contre l'autre dont les matelas ne peuvent même pas se toucher à cause de la forme du cadre. Pas super pour des vacances en amoureux, mais je n'en suis plus à ça près.

Nous repartons en direction du pont Charles distant de quelques centaines de mètres à peine. Et là, c'est l'horreur: un flot de touristes tellement compact qu'on se croirait dans le métro parisien aux heures de pointe. En plus, l'endroit est défiguré par des travaux d'entretien. Mes visions d'un pont Charles désert, brumeux et romantique s'envolent à tire-d'aile. Certes, on est au mois de juin et en plein jour; pour la brume, c'était donc un peu compromis. Mais pas pour la pluie, apparemment. J'ai le moral dans les chaussettes (déjà mouillées à travers mes Converse).

Nous faisons demi-tour pour explorer la Vieille-Ville. A chaque pas, ma déception grandit. J'imaginais Prague comme une ville gothique et ténébreuse, avec des bâtiments de pierre grise sur lesquels flotteraient encore des relents d'austère atmosphère communiste. En fait, je suis entourée de façades proprettes aux couleurs de dragée. Et de millions de touristes qui s'agglutinent devant les églises ou au pied de la fameuse horloge de l'hôtel de ville.

Nous nous arrêtons pour déjeuner dans un resto bio végétarien conseillé par un de mes guides. C'est un buffet, et mis à part les crudités et les patates sautées, je ne reconnais absolument rien. Je décide quand même de tester des trucs impossibles à identifier. A part les crudités et les patates sautées, je n'aime absolument rien, et après les avoir goûtés, je suis toujours incapable d'identifier les aliments qui restent dans mon assiette. Groumpf.

Lorsque nous ressortons, il pleut à verse. Je crois même qu'il tombe de la grêle. Je veux rentrer à Bruxelles. Mais comme ce n'est pas possible, je décide qu'un peu de shopping s'impose; ça aura au moins le mérite de nous mettre à l'abri. Zlatà Lod, un chouette magasin de fournitures d'art pas chères, me réconforte temporairement. En revanche, le Tesco qui a paraît-il un super rayon papeterie est... en travaux, hé oui. Quant à Botanicus et ses produits de beauté bio, il est pris d'assaut par des hordes d'Asiatiques piaillantes qui me découragent d'acheter quoi que ce soit.

La fatigue commence à se faire sentir. Bien qu'il ne soit pas encore 15h, nous nous arrêtons au Kavarna Obecni Dùm, la brasserie de la Maison Municipale, très beau lieu Art Déco où je compense ma frustration alimentaire du midi avec un grand chocolat chaud italien et une crêpe aux fruits frais accompagnée d'une boule de glace vanille et d'une montagne de chantilly. Après ça, nous rentrons à l'hôtel faire la sieste. Enfin, l'un de nous deux dort et ronfle tandis que l'autre (celle qui n'a déjà pas dormi la nuit précédente) tente vainement de trouver le sommeil.

Le resto du soir rattrape un peu cette première journée désastreuse. Le Kogo Ristorante est un Italien assez chic qui pratique des prix moins élevés que ceux de la plupart des boui-boui français. Un carpaccio, une bruschetta, deux assiettes de pâtes merveilleuses, un verre de Lambrusco et une eau gazeuse nous reviennent moins de 40€. Je concède au moins une chose à Prague: on y mange bien pour pas cher.


vendredi 8 mai 2009

Maroc - Marrakech


Nous nous levons tôt ce matin pour faire l'ouverture du jardin Majorelle, attenant à la propriété de feu Yves Saint-Laurent et son compagnon Pierre Bergé. Lorsqu'Antonia veut nous prendre des billets couplés avec la visite du musée de l'Islam qui se trouve à l'intérieur, on lui répond que celui-ci est fermé pour rénovation. Les hommes en noir ont encore frappé... Un premier tour d'horizon, puis chacune d'entre nous se choisit un sujet de dessin et un endroit où s'asseoir. Je m'installe face à l'entrée du fameux musée de l'Islam dont la porte m'inspire. Mais les couleurs sont difficiles à rendre; je n'ai pas d'éléments solides pour border convenablement mon aquarelle et les touristes de plus en plus nombreux font bouger le banc sur lequel je suis assise ou regardent par-dessus mon épaule et commentent sans la moindre gêne, ce qui me donne envie de mordre au lieu de continuer à peindre. Je me recroqueville sur mon carnet comme une élève de primaire qui veut empêcher son voisin de copier sur elle.

Avec tout ça, je salope un tracé au feutre pourtant assez réussi. Je suis en train de désespérer quand deux gardiens m'abordent gentiment et engagent la conversation. La jeune femme est originaire d'Essaouira et ravie quand je lui dit que j'ai beaucoup aimé cette ville; je lui montre l'aquarelle que j'en ai faite et elle pousse des exclamations enthousiastes. L'homme est peintre à ses heures perdues, visiblement beaucoup plus doué que moi. Il me donne quelques trucs, change l'eau sale de mon gobelet et m'aide à faire un mélange pour rendre au mieux la couleur des fleurs de bougainvillée. Je lui dis que je suis là avec un groupe, et il s'avère qu'il connaît Antonia: il a même sa carte dans son portefeuille! Malgré mon dessin raté, je suis toute contente de cette rencontre.

Je retrouve le reste du groupe à la sortie, et nous nous dirigeons sous un soleil de plomb vers le Guéliz, un quartier moderne de Marrakech. Effectivement, le contraste avec la medina est énorme. A l'extérieur du rempart, les rues sont moins décrépites et plus propres mais considérablement plus occidentalisées et dénuées de charme - ou d'ombre, en raison de leur largeur. Je ne tarde pas à mourir de chaud et de soif, mais vu que nos doyennes Doris et Geneviève avancent sans piper mot, je trouverais un peu indécent de me plaindre. Tout de même, il doit faire dans les 40° et un petit Coca light serait le bienvenu... Mais avant d'atteindre le café où nous sommes censées déjeuner, Antonia marque un arrêt dans le magasins de sacs dont elle m'avait vanté la beauté. A l'intérieur, que des copies de grandes marques; je reconnais notamment mon Darel bien-aimé, plus le Charlotte à nouettes qui fut la coqueluche des fashionistas il y a deux ans, et le Marc Jacobs qui dort dans ma penderie depuis quatre ans et demie. Le cuir est joli mais je ne suis pas tentée du tout. Par contre, le propriétaire qui (refrain habituel) connaît bien Antonia veut absolument lui acheter le carnet de voyage en noir et blanc qu'elle a réalisé lors de son précédent séjour à Marrakech. Antonia refuse en arguant de la valeur sentimentale de ce carnet, et il finit par lui faire cadeau du petit sac rouge qu'elle voulait acheter "pour la récompenser de son talent". Antonia, c'est la version live de la blogueuse influente finalement.

Nous nous installons au Solaris pour manger de grandes salades. Le pain qu'on nous apporte est rassis, et quand Antonia demande au serveur de nous le changer, celui-ci nous prend de haut, genre "elles sont bien difficiles les touristes cette année". Antonia insiste, et il s'exécute de mauvaise grâce. Un peu plus tard, il nous apporte en cadeau une soupe qui a un sale goût de beurre rance et à laquelle la plupart d'entre nous ne touchent pas. Les salades sont correctes, mais nous les avons attendues trois plombes. Idem pour mon dessert (une magnifique salade de fruits) et les jus ou cafés des autres filles. Nous réglons sans laisser de pourboire. Pendant que j'attends Antonia partie aux toilettes, le serveur commence à débarrasser notre table en grommelant, et je crois bien l'entendre nous insulter.

Nous repartons vers la medina, toujours sous un soleil de plomb (nous apprendrons plus tard qu'il faisait 40° à Marrakech cet après-midi). Au niveau des remparts, nous nous arrêtons au centre artisanal où les articles sont plus chers que dans les souks et où on ne peut guère marchander. Je fais quand même l'emplette d'une mignonne boîte en cuir vieux rose avec un dromadaire embossé sur le dessus, qui sera parfaite pour mettre mes bagues, et d'une troisième paire de babouches (heureusement que je ne comptais pas en acheter). Soudain, en fouillant dans mon sac, je réalise que je n'ai pas mon appareil photo. La dernière fois que je l'ai vu, c'était sur la table du Solaris. Et vu la façon dont ça s'est passé avec le serveur, celui-ci aura sûrement empoché mon Lumix. Adieu, les centaines de jolies phoos prises depuis le début de la semaine! J'en pleurerais. D'ailleurs, j'en pleure un peu. Antonia me rassure: "Les Arabes ne sont pas voleurs: Allah les regarde". Et Valérie utilise gentiment son téléphone (je n'ai plus de crédit dans le mien) pour appeler le Solaris et demander s'ils n'auraient pas trouvé mon appareil photo. Réponse: si!!! Décidément, la chance sourit aux étourdies (renseignements pris, il semble qu'aucune opération frauduleuse n'ait été réalisée à l'aide de ma carte Visa oubliée vendredi dernier dans un distributeur).

Nous repassons au riad boire un thé et nous reposer un peu, puis Antonia et moi retournons en taxi au Solaris pour récupérer mon Lumix. Le soir, nous dînons d'un couscous pas extraordinaire, et en dessert, nous avons droit à deux petits verres remplis, l'un de lait de fraise, l'autre de lait d'avocat, tous deux parfumés à la cannelle. En France, je dirais "J'aime pas" et je n'y toucherais pas. Là, je goûte et je trouve ça délicieux. Il va décidément falloir que je revoie mes préjugés - tous mes préjugés - à la baisse.

mardi 5 mai 2009

Maroc - Marrakech


Aujourd'hui, nous restons au riad pour un cours de calligraphie avec Mohamed Boustane. Nous travaillons toute la matinée dans le salon où François nous a installé une table un peu trop petite et à la suface pas vraiment plane. L'outil utilisé pour la calligraphie arabe est un bambou à la pointe taillée en biais, appelé "calame", que l'on doit tenir selon un angle de 45°. L'encre utilisée est du brou de noix délayé dans de l'eau (mais on peut aussi se servir d'acajou ou d'autres produits de différentes couleurs). Mohamed nous fait faire tout un tas d'exercices à base de points pour maîtriser la tenue et le maniement du calame. Puis nous passons aux lettres et aux mots. C'est très difficile de faire des pleins et des déliés propres en allant de droite à gauche et en appuyant juste le nécessaire pour déposer la bonne quantité d'encre sans jamais tomber en panne sèche au mauvais moment. Nos bambous grincent sur le papier blanc tandis que nous nous appliquons avec plus ou moins de succès.

Nous nous interrompons pour déjeuner. Pendant le repas (un tajine de boeuf suivi de rondelles d'orange à la cannelle, of course...), Mohamed nous raconte l'histoire de son père qui voulut faire la révolution, fut envoyé en prison et lui donna un jour le conseil de ne jamais se mêler de politique. Depuis, il vit en retrait des affaires du monde en ne se préoccupant que de son art. Il est très branché spiritualité et a un discours tellement mystique que j'ai du mal à comprendre ce qu'il raconte. Je connais le sens des mots pris individuellement, mais les phrases qu'il forme avec ne signifient rien pour moi. "La calligraphie est au-dessus de la séduction", par exemple. Ou "Je suis le point en dessous du b; sans moi, la lettre b ne peut se réaliser". Gni? Mais c'est un vrai personnage et, incontestablement, un artiste très doué.

L'après-midi, nous nous installons sur la table de la terrasse, beaucoup mieux éclairée et plus confortable que celle du salon. Par contre, il y fait un peu chaud et notre attention ne tarde pas à retomber. Mohamed doit le sentir, car il nous propose un petit jeu assez rigolo: faire des empreintes de nos mains. Il commence par badigeonner une feuille de papier aquarelle avec le brou de noix dont nous nous servons pour écrire. Lorsque l'encre est sèche, il nous enduit une main avec de l'eau additionnée de très peu de brou de noix. Puis il nous fait appuyer cette main très fort sur la face teintée du papier, pendant quelques secondes, avant de la retirer d'un coup. Le résultat est très chouette. Une fois l'empreinte sèche, il est possible d'écrire dessus ou autour en utilisant un calame trempé dans de l'eau de Javel. Je me livre à quelques essais peu satisfaisants, que je recouvre de brou de noix pour les faire disparaître.

Vers 17h30, Mohamed nous quitte, non sans avoir gentiment sacrifié au rituel de la photo avec Régis. Nous travaillons un peu sur nos carnets. François se décide enfin à tester ma douche et à reconnaître que non, je ne suis ni folle ni stupide: il n'y a effectivement pas d'eau chaude dans ma salle de bain. Mieux vaut tard que jamais, hein. Comme solution, il me donne les clés de la chambre d'en face, actuellement libre. Là, il y a bien de l'eau chaude... mais qui coule au goutte-à-goutte. Génial.

Le soir, nous partons dîner sur la fameuse place Jemma El Fna (sans Doris qui, fatiguée, a préféré rester au riad pour se reposer, d'autant que ce n'est pas son premier séjour à Marrakech). Des tas d'échoppes démontables proposent brochettes et grillades de viande ou de poisson. Nous nous installons à la 81 qu'Antonia a déjà testée sans que personne dans son groupe soit malade le lendemain. Nous commandons des frites pas terribles, des aubergines trop grasses, des épinards qui ressemblent plutôt à des salicornes et des brochettes de mouton franchement moyennes. Mais on s'en fout: l'ambiance est sympa, l'addition légère, et on passe un bon moment. Après ça, nous jetons un coup d'oeil aux différents artistes de rue qui se produisent un peu plus loin, mais ils sont assez peu nombreux ce soir et aucun ne retient vraiment notre attention.